Dirigeant étudiant des documents de planification patrimoniale et de retraite à son bureau

Déduction à l’entrée, imposition à la sortie : le plan d’épargne retraite ne crée de valeur que si l’écart de taux marginal entre ces deux moments est favorable. Les mesures entrées en vigueur en 2026 renforcent cette logique de calendrier.

1. Le principe du PER : raisonner en différentiel de taux marginal

Créé par la loi PACTE et commercialisé depuis le 1er octobre 2019, le plan d’épargne retraite (PER) a remplacé les contrats Madelin et PERP. Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable l’année où ils sont effectués ; en contrepartie, les sommes sont imposées à la sortie, en rente ou en capital.

Le PER ne supprime donc pas l’impôt : il le déplace dans le temps. Son intérêt dépend de l’écart entre la tranche marginale d’imposition (TMI) au moment du versement et celle qui s’appliquera à la sortie. Un contribuable imposé à 41 % pendant sa vie active et à 30 % à la retraite capte la différence ; si son taux reste identique, il ne gagne que le report de l’impôt ; s’il augmente, l’opération lui coûte.

Versement de 20 000 € déduit à une TMI de 41 %, selon la TMI à la sortie
TMI à la sortieÉconomie d’impôt à l’entréeImpôt sur la part versée à la sortieÉcart net
11 %8 200 €2 200 €+ 6 000 €
30 %8 200 €6 000 €+ 2 200 €
41 %8 200 €8 200 €0 €

Source : calculs Hartis Conseil, à titre purement illustratif. Hypothèses : versement et sortie en capital compris chacun dans une seule tranche, hors gains de la période, hors frais et sans actualisation.

Ce calcul omet la capitalisation, pendant toute la durée du placement, de l’impôt différé, mais aussi l’imposition des gains à la sortie. Il suffit à poser la règle : le PER se justifie d’abord les années où la TMI est élevée.

En 2026, un salarié peut déduire jusqu’à 10 % de ses revenus professionnels de 2025, avec un minimum de 4 710 € et un maximum de 37 680 €. Le plafond spécifique d’un travailleur non salarié peut atteindre 88 911 €. Chaque membre du foyer dispose de son propre plafond, mutualisable entre époux ou partenaires de PACS.

L’enseignement cléL’efficacité du PER ne se mesure pas au montant versé, mais à l’écart entre le taux marginal d’imposition au versement et celui de la sortie. Verser chaque année par habitude, sans examiner cet écart, peut conduire à un gain fiscal faible, voire nul.

2. Ce qui change en 2026 : trois paramètres à intégrer

Les lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2026 ont modifié le dispositif sur trois points, dont l’administration fiscale a précisé les modalités en août 2026.

Un report des plafonds porté à cinq ans

Les plafonds non utilisés étaient reportables sur trois ans. À compter de ceux calculés au titre des revenus de 2026, ce délai passe à cinq ans : un plafond 2026 non consommé restera utilisable jusqu’en 2031. La mesure n’est pas rétroactive, les reliquats de 2023 à 2025 conservant le délai de trois ans. Elle facilite la concentration des versements sur une année de revenus exceptionnels, à condition de suivre les reliquats indiqués sur l’avis d’impôt.

La fin de la déduction après 70 ans

Depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués à partir de 70 ans ne sont plus déductibles. Ils restent possibles, mais sont traités comme des versements non déduits : à la sortie, seuls les gains correspondants sont imposés. L’effort d’épargne doit donc être anticipé sur les années précédentes.

Des prélèvements sociaux alourdis sur les gains

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 relève la CSG sur les revenus du capital et porte le taux général des prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %. L’assurance-vie, les contrats de capitalisation, l’épargne logement et les revenus fonciers restent à 17,2 %, mais le PER ne figure pas parmi ces exceptions : ses gains relèvent du taux général. En cas de sortie en capital, la part correspondant aux versements déduits reste imposée au barème, sans prélèvements sociaux ; les gains supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème.

3. L’année de cession, un contexte souvent favorable

Pour un dirigeant, l’année de la cession de son entreprise est fréquemment celle des revenus les plus élevés. Verser sur le PER une partie des liquidités disponibles, dans la limite du plafond de l’année et des reliquats, permet de lisser cette pointe d’imposition tout en redéployant du capital vers le long terme.

Deux limites encadrent cette stratégie. La déduction s’impute sur le revenu global soumis au barème : les plus-values de cession imposées au prélèvement forfaitaire unique n’en bénéficient pas directement. Et le plafond des salariés dépend des revenus professionnels de l’année précédente, non du prix de cession. Le PER reste donc une brique complémentaire, à articuler avec les autres outils de réemploi, comme l’apport-cession de l’article 150-0 B ter du CGI ou une holding de réinvestissement.

La contrepartie de l’avantage fiscal est l’indisponibilité de l’épargne jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé limitativement prévus :

À la retraite, la sortie s’effectue en rente viagère ou en capital, versé en une fois ou de manière fractionnée. Le fractionnement étale l’imposition de la part déduite et évite de franchir une tranche supérieure : le calendrier de sortie compte autant que celui des versements.

4. Transmission et assurance-vie : deux enveloppes complémentaires

Le PER ne transmet un capital que s’il n’a pas été liquidé, et son régime dépend de sa forme et de l’âge du titulaire au décès. Pour un PER assurantiel, un décès avant 70 ans relève de l’article 990 I du CGI : abattement de 152 500 € par bénéficiaire, commun avec l’assurance-vie du même assuré, puis taxation à 20 % jusqu’à 700 000 € et à 31,25 % au-delà. Après 70 ans, le régime devient nettement moins favorable : un abattement global de 30 500 €, partagé entre les bénéficiaires, puis les droits de succession selon le lien de parenté. Un PER bancaire, ouvert sous forme de compte-titres, réintègre l’actif successoral et relève du droit commun. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont, dans tous les cas, exonérés.

L’assurance-vie n’offre aucun avantage au versement, mais conserve une disponibilité totale, des prélèvements sociaux maintenus à 17,2 % et une plus grande souplesse de transmission. Le partage des rôles est naturel : le PER pour capter la déduction les années de forte imposition, l’assurance-vie pour la liquidité et l’organisation de la transmission.

5. Conviction Hartis Conseil

Le PER a pleinement sa place dans une stratégie patrimoniale construite, à condition d’être activé au bon moment et dosé avec justesse. L’enjeu n’est pas de verser le maximum chaque année, mais de concentrer l’effort sur les exercices où la tranche marginale est la plus élevée, en gardant une vision précise des plafonds et reliquats disponibles.

Les mesures de 2026 renforcent cette logique : le report sur cinq ans élargit les marges de manœuvre pour une année exceptionnelle, la fin de la déduction après 70 ans impose d’anticiper, et la hausse des prélèvements sociaux réduit l’avantage relatif du PER face à l’assurance-vie sur les gains. C’est dans l’articulation entre calendrier fiscal, besoin de liquidité et objectifs de transmission que se joue la pertinence du dispositif, au-delà de la seule économie d’impôt immédiate.

Chiffres clés

37 680 €Plafond maximal de déduction d’un salarié en 2026 (10 % des revenus professionnels 2025)
5 ansDurée de report des plafonds non utilisés, à compter de ceux de 2026
70 ansÂge à partir duquel les versements ne sont plus déductibles depuis le 1er janvier 2026
18,6 %Prélèvements sociaux sur les gains du PER en 2026, contre 17,2 % en assurance-vie

Sources

  1. Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, art. 9 et 10 — Légifrance
  2. Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, art. 12 — Légifrance
  3. BOFiP, BOI-RSA-PENS-30-10-20, mise à jour du 10 août 2026 — bofip.impots.gouv.fr
  4. Sénat, réponse ministérielle à la question écrite n° 08155, JO Sénat du 1er octobre 2026 — senat.fr
  5. Service-Public.gouv.fr, fiche F2329 « Prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et de placements » — service-public.gouv.fr
  6. Code général des impôts, art. 163 quatervicies, 757 B et 990 I ; Code monétaire et financier, art. L. 224-1 à L. 224-40

Ce document est produit par Hartis Conseil à titre d’information générale. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé, ni une offre de souscription à un produit financier. Les exemples chiffrés sont fournis à titre purement illustratif et reposent sur des hypothèses qui ne préjugent pas des résultats futurs. Les informations présentées reflètent la réglementation en vigueur à la date de rédaction et sont susceptibles d’évoluer ; il est recommandé de se rapprocher d’un professionnel pour toute situation particulière.